Prendriez-vous une pilule magique pour vaincre votre trouble?

 In Bégaiement

« Prendriez-vous une pilule magique pour vaincre votre bégaiement? » C’est la dernière question qui a été posée au moment de la session à micro ouvert, lors de la journée-rencontre du 17 octobre dernier, organisée par l’Association des bègues du Canada (ABC). Laissez-moi d’abord vous mettre en contexte, je reviendrai à cette question.

Au programme de la journée qui s’est tenue à l’Auberge Royal Versailles: 4 conférences et une session à micro ouvert. L’objectif: réunir des personnes qui bégaient, leurs proches, les parents d’enfants qui bégaient et tous ceux qui ont le bégaiement à cœur, afin d’échanger, de partager, d’apprendre et de mieux vivre avec le bégaiement.

ABCJ’ai brisé la glace en donnant la 1re conférence: Trucs et astuces pour mieux vivre avec son bégaiement. J’ai abordé la thérapie en orthophonie avec les personnes qui bégaient, les comportements d’évitement et les comportements secondaires souvent associés au bégaiement, cinq approches thérapeutiques centrées sur une meilleure adaptation et que j’utilise moi-même en thérapie (désensibilisation, thérapie cognitivo-comportementale, Solution Focus Brief Therapy, affirmation de soi et thérapie de groupe) les fameuses rechutes (que faire quand ça arrive?) ainsi que les ressources  en lien avec le bégaiement (blogues, sites web, associations, etc.).

Ensuite, Daniele Rossi, spécialiste en stratégies numériques, créateur de bandes dessinées, auteur et podcaster, a expliqué pourquoi le bégaiement, c’est cool! Il a donné 4 conseils judicieux pour les personnes qui bégaient, de façon à être à l’aise avec le bégaiement:

  • stutteringiscoolRencontrer d’autres personnes qui bégaient. Le premier pas pour sortir de sa zone de confort consiste à sensibiliser nos proches à la réalité du bégaiement. Par exemple, simplement en disant à un ami qu’on bégaie. On peut aussi annoncer son bégaiement à de nouvelles personnes, et rencontrer d’autres personnes qui bégaient pour briser l’isolement. Daniele affirme qu' »on grandit chaque fois qu’on fait un pas hors de sa zone de confort », et je suis bien d’accord avec lui!
  • Faire preuve de courage. Par exemple, ne pas avoir honte de se laisser bégayer en commandant un café.
  • Voir le bégaiement avec humour, celui-ci étant toujours un moyen efficace d’affronter les épreuves de la vie. Rire de soi est une preuve de confiance en soi. Vive l’auto-dérision!
  • Créer des choses en ligne au sujet du bégaiement. Daniele a lui même créé Stuttering is cool, un podcast qui encourage les auditeurs à adopter une attitude plus positive par rapport au bégaiement. Stuttering is cool, c’est aussi un livre ludique de courtes bandes dessinées, conseils et trucs pour bégayer avec fierté. De nos jours, créer un site web est à la portée de tous, et on trouve une panoplie de vidéos/blogues avec des tutoriels de type « how to » en ligne. Alors soyez créatifs!

Lors de la 3e conférence, Audrey Bigras, membre de l’ABC, a abordé un sujet qui n’est pratiquement pas abordé dans les médias et qui mériterait de l’être davantage: la persévérance scolaire chez les personnes qui bégaient. Elle nous a raconté les nombreux obstacles et préjugés auxquels elle a dû faire face en milieu scolaire, en raison de son bégaiement. Comment elle appréhendait la tâche de lire devant toute la classe ou présenter un exposé oral. Comment on lui a accolé, trop souvent, l’étiquette de timide en raison de son bégaiement. Audrey, une jeune femme inspirante, a su faire de son bégaiement une source de motivation dans la réalisation de ses études, jusqu’à l’université. De plus, elle a créé un blogue bilingue au sujet du bégaiement: Advertising Stories. Allez y jeter un coup d’oeil!

Geneviève Lamoureux, dernière conférencière de la journée et elle aussi membre de l’ABC, a expliqué son passé de « bègue masquée », qui a précédé une étape charnière de sa vie: un voyage d’études d’un an aux Pays Bas. Le fait de s’exprimer au quotidien dans une langue seconde l’a confrontée à son bégaiement, l’a amenée à l’accepter davantage et à le partager avec les autres. Bien qu’elle bégaie davantage depuis son retour au pays (conséquence du fait qu’elle ait « retiré son masque »), elle est plus heureuse et vit mieux avec son bégaiement. Voyager pour sortir de sa zone de confort et accepter son bégaiement, oui c’est possible! Geneviève a aussi raconté sa fabuleuse expérience au congrès annuel organisé par la National Stuttering Association, le plus gros congrès qui réunit des personnes qui bégaient du monde entier. Des centaines de personnes qui bégaient ensemble, 5 jours complets dans un monde de bègues, c’est comme un « club med de personnes qui bégaient!« , pour reprendre les mots de Geneviève.

pilulePour clore la journée-rencontre, une session à micro ouvert, lors de laquelle les personnes de l’assistance, bègues pour la plupart, pouvaient prendre la parole, poser des questions, émettre des commentaires ou partager une tranche de vie. Une période riche en échanges! Une question a particulièment retenu mon attention: « Prendriez-vous une pilule magique pour vaincre votre bégaiement?«  Les personnes qui ont pris la parole étaient unanimes: NON. Pour certaines personnes qui bégaient, leur bégaiement les a amenées à rencontrer des personnes extraordinaires et à vivre des expériences hors du commun. Pour d’autres, leur bégaiement s’est avéré être une véritable source de motivation et de créativité. Geneviève, l’une des conférencières, a même témoigné du fait que son bégaiement lui a permis de rencontrer son amoureux! De la même façon que certaines personnes malentendantes éprouvent une fierté à faire partie de la communauté sourde, à parler la langue des signes, et qu’elles refusent qu’elles-mêmes ou leurs enfants soient munis d’un implant cochléaire pour entendre afin de préserver leur culture, les personnes qui bégaient peuvent ressentir une fierté à bégayer et à appartenir au 1% de la population mondiale qui bégaie. Oui, il est possible de transformer un trouble souvent perçu comme un handicap par la société par une force qui fait notre singularité, par quelque chose qui nous rend unique. La résilience, ce n’est pas que retomber sur ses pattes après une épreuve ou accepter qu’un trouble fasse partie de notre vie, c’est aussi de savoir l’afficher fièrement et de lui faire une place de choix dans notre vie.

J’ai été ravie de faire d’aussi belles rencontres avec des gens inspirants, créatifs, qui osent parler ouvertement de leur bégaiement, prêts à déplacer des montagnes, courageux et avec un grand sens de l’humour. Merci à l’Association des Bègues du Canada pour cette belle opportunité!

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